Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /Fév /2010 17:36
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Voici un texte pour les amoureux des légendes celtes, un texte sur Morgane, fée initiatrice et prêtresse d'Avalon. L'auteur nous livre une autrefaçon de voir la magicienne, qui nous la rend enfin sympathique, au contraire de beaucoup d'écrits anciens et actuels...


 Princesse, déesse, fée, magicienne, initiatrice et femme. Morgane est tout cela ! Son territoire est vaste, contrasté, empreint d’une mélancolique beauté : la terre d’Armor. Sous les frondaisons des feuillus séculaires de Brocéliande, la ténébreuse Morgane à la chevelure flamboyante hante son domaine, seule et perdue depuis qu’elle retient dans ses rets Merlin le druide… Morgane est un personnage clé dans l’épopée arthurienne. Demi-sœur du roi Arthur, elle sera aussi sa femme à l’occasion d’un rite initiatique. De cet amour unique, magique et incestueux naître Mordred, le fils vengeur, porteur de toutes les rancœurs de sa mère, en plus des siennes. En cela, on peut remarquer que Morgane est l’héritière d’une antique lignée, d’une antique tradition. Sœur et épouse du roi, par l’acte charnel, elle prend les traits de Cléopâtre, sœur et femme de Pharaon. Ce fut aussi le cas pour la reine Hatshepsout et, bien avant, pour Isis et Osiris. Morgane, née des eaux est la réincarnation de la déesse égyptienne. La ville d’Is n’était autre que la ville d’Isis. Cette déesse était vénérée aussi en Gaule en des temps reculés. Néanmoins, la barque d’Isis, Par Is , est arrivée jusque dans nos contrées et la déesse de Quinipily à Baud, en Bretagne, est une représentation d’Isis, tout comme le sont les vierges noires vénérées un peu partout… Comme toutes les fées, Morgane n’échappe pas à la règle, sa personnalité est ambiguë au possible. Elle sème le trouble dans l’esprit et dans le cœur des gens, des hommes essentiellement. Ses pouvoirs sont immenses, ancestraux, produits d’une longue lignée de prêtresses celtes. Elle est l’incarnation vivante de la déesse mère et son rôle prend toute sa mesure avec la naissance de son fils, héritier de fait des pouvoirs temporels de son père et intemporels de sa mère. Son nom est très proche de celui de Morrigane , déesse irlandaise de la mort. Celle-ci se transforme en un corbeau, notamment lors du décès de Cuchulainn… Morgane se métamorphose aussi en corbeau. La pérennité des caractères de Morrigane est évidente à travers Morgane ! Le mythe celte se prolonge sous une autre forme, en d’autres temps…

Si une longue histoire lie Morgane à la mythique forêt de Brocéliande, il ne faut pas occulter ses rapports particuliers à l’île des pommes, Avalon l’éternelle. Morgane la fée était la grande prêtresse de l’île et elle régnait sur un essaim de druidesses, bien à l’écart des turbulences des hommes et des complots de palais. Morgane est l’archétype de la femme fée, initiée et lucide, aux prises avec les bassesses humaines et l’évangélisation de tout un peuple disposé à renier ses antiques croyances et ses dieux ancestraux. Elle sera à la fois un exemple et une martyre, condamnée à errer dans les limbes du néant dans l’attente d’un bouleversement survenu dans la dimension des hommes. Dans l’un des poèmes de Geoffroy de Monmouth, la Vita Merlini , l’on découvre une évocation de ce personnage si singulier des aventures d’Arthur et de ses preux chevaliers, alors en proie à un terrible tiraillement affectif, œcuménique et philosophique. Lancelot, le chevalier parfait, trahit son roi en offrant son amour à Guenièvre la reine. Arthur et les chevaliers de la Table ronde abandonnent leurs dieux, leur croyance en la déesse mère et en Lug. Ils trahissent les druides et les prêtresses. La Terre replonge dans une noire période et, pour trouver une issue à ce mal qui ronge le royaume, Arthur disperse ses troupes aux quatre coins du globe, en quête d’un mythe absolu, celui du Saint-Graal… De la naissance d’Arthur jusqu’à sa mort dans un ultime combat face à son fils Mordred, dans les coulisses, Morgane veille, tire parfois les ficelles assistée par le druide Merlin, du moins le pense-t-elle. En définitive c’est le mage qui contrôle la situation. Morgane est avant tout une mori gané , une mor ganet , une créature née de la mer ! Dans les vieux récits populaires de Bretagne armoricaine collectés par Paul Sébillot, nous trouvons à travers les Mari Morgane – ces êtres aquatiques qui entraînent les marins vers leur palais dans les profondeurs de l’océan – toutes les vraies origines de Morgane. Elle est une femme fée, une sirène, une ondine, une vouivre. Son véritable domaine est l’océan et surtout, surtout, l’île d’Avalon. Elle est descendante des Tuatha Dè Danann, comme Guenièvre l’abandonnée, comme Merlin. Ils sont de ces peuples venus de la mer.
Telle est la fée Morgane, grande prêtresse de l’île d’Avalon, l’île de la connaissance. La vie entière de Morgane en ce bas monde fut agrémentée de hauts faits. Dans son rôle de druidesse, elle s’est efforcée avec vaillance de préserver l’équilibre de forces antagonistes, au détriment bien souvent de sa personne et de ses intérêts, ce qui en soi constitue déjà un très haut fait parmi les plus remarquables. Cependant, il en est un qui doit être mis en évidence, c’est son autorité indiscutable sur deux lieux clés de la tradition celte : l’île d’Avalon et le Val sans Retour situé en la forêt de Brocéliande. Druidesse, grande prêtresse, Morgane est le produit d’une longue généalogie de femmes initiées. Elle se devait à son culte, à ses rites, à ses dieux et déesses, mais aussi à ses disciples et à son roi. Son sacerdoce, elle le vivait intensément et sans faillir une seule fois, en tout lieu où elle se trouvait, mais c’est sur cette île fabuleuse, sorte de camp retranché de la vraie connaissance, qu’elle l’exprimait pleinement, sans contrainte extérieure. Maîtresse d’un collège matriarcal de jeune prêtresses en devenir, Morgane se devait néanmoins à son autre vie, à ses autres obligations. Sœur du roi, duchesse de Cornouaille, elle avait des terres à gérer, des fermages, des biens et des gens sous sa responsabilité, ainsi que des fonctions politiques et diplomatiques de premier ordre à assumer. Le roi n’hésitait pas à lui demander conseil dans les situations les plus délicates, conforme en cela à la civilisation celte qui ne relègue jamais les femmes, au contraire, à des rôles subalternes, ce qui démontre sa belle évolution. L’ensemble de ses dons et de ses prérogatives s’exprima le jour du décès d’Arthur. Cruellement blessé par Mordred, il fut déposé sur une plage par Bedwyr, dernier chevalier en vie après la terrible et ultime bataille. Du large, une barge apparut, avec à son bord trois prêtresses, dont Morgane. Le roi agonisant fut embarqué et conduit par les trois magiciennes vers l’île d’Avalon où il fut soigné et maintenu par magie en sommeil jusqu’à l’heure de son retour, prévue de longue date. Les puissants pouvoirs de la fée Morgane, ajoutés à sa connaissance, permirent ce miracle. La fée, la sœur, l’amante, l’amie, la prêtresse était aux côtés du roi pour l’accompagner vers l’Autre Monde, car Avalon est l’Autre Monde. Ainsi, le retour du haut roi, porteur d’Excalibur, l’épée de la Dame du lac, est annoncé et attendu par les peuples celtes qui recouvreront alors leur unité salvatrice. Une sorte de parousie à la sauce armoricaine ! Le Val sans Retour se trouve, lui, en forêt de Brocéliande. Cette petite vallée encaissée sert à Morgane de prison temporelle pour ses amants, mais peut-être sert surtout à Merlin. Une certaine littérature judéo-chrétienne fait de l’endroit un lieu de perdition, règne de la luxure, du vice et de la débauche en tout genre. La réalité est autre ! Le Val sans Retour est une porte temporelle d’où les échanges entre le monde de Morgane et le nôtre sont rendu possibles. J’attire votre attention sur le fait que régulièrement, à défaut de fréquemment, des témoins affirment en toute bonne foi s’être subitement trouvés projetés dans un pays qui n’avait rien à voir avec les forêt qu’ils visitaient ! Le Val sans Retour est un passage obligé vers l’Autre Monde, avant un retour toujours promis. C’est le cas pour Merlin qui, avec ses dons de précognition exceptionnels, savait le moment venu pour lui de se retirer du monde des hommes. Avec la complicité de Morgane, le grand voyage fut effectué. Depuis, quelque part dans les nimbes brumeux des eaux du val mystérieux, au cœur d’un château de verre dissimulé, ou au centre de la Terre changé en pierre, Merlin attend son heure qui, paraît-il, est tout imminente ! Pour conclure sur ce personnage essentiel, il faut lui reconnaître des similitudes avec Arianrhod, cette déesse galloise qui aurait eu, selon la légende, des relations incestueuses avec son frère, Gwyddyon le magicien. Morgane incarne la tradition des anciens dieux, face à Guenièvre qui incarne la nouvelle religion.

 ( R. Futthark )
Par Mirelune - Publié dans : Druidisme - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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